| Georges Calo était un bigman, comme on dit au Vanuatu. Un grand homme. Il s'en est allé ce mercredi 22 septembre 2010. Georges Calo était un grand homme, et ce, dans de nombreux domaines de la vie. Malgré son humilité, ses qualités ont été remarquées. Il avait d’ailleurs été nommé Chevalier dans l’Ordre National du Mérite ainsi qu’Officier des Palmes Académiques. Ce bigman, ce grand homme était avant tout un grand chef d’Emae. Son nom coutumier était Soko. S’il était un homme moderne, pleinement adapté et intégré au monde d’aujourd’hui, il avait fait le choix de rester attaché à la tradition, à la Kastom, aux racines les plus profondes et les plus fortes du Vanuatu,. Chef respecté, il a su concilier pouvoir et générosité. Les gestes coutumiers de ces deux derniers jours en sont d’ailleurs une ultime et flagrante démonstration. Sur un plan personnel, je dois avouer que Georges Calo fait partie de ceux qui m’ont appris à comprendre, à appréhender la réalité complexe du Vanuatu, les liens forts entre la kastom et la vie dans ce qu’elle a de plus actuel. Je garde un souvenir ému de nos discussions, de ces kavas partagés avec Georges Calo. Georges Calo était un bigman, un grand homme qui a marqué la vie sociale et politique, qui a eu un rôle primordial dans la jeune histoire du Vanuatu. Après avoir commencé sa carrière professionnelle en tant qu’enseignant puis directeur d’école à Tanna, il a été nommé Directeur Général de l’Education aux toutes premières heures de l’indépendance. C’est sûrement grâce à lui en partie qu’aujourd’hui l’enseignement se fait encore en français comme en anglais. On le sait tous, dans les premières heures de la nation du Vanuatu, la conservation du français comme langue d’enseignement n’était pas l’une des priorités officielles. Grace à son action, son travail, ses efforts de persuasion auprès des plus hautes autorités politiques de l’époque, la francophonie a pu perdurer dans l’éducation.C’est surement en partie grâce à des hommes de l’envergure de Georges Calo qu’aujourd’hui le Vanuatu peut s’engager dans une réforme ambitieuse qui mettra le multilinguisme au cœur de l’éducation, au cœur de la société. Plus tard dans son rôle de Secrétaire général de la Municipalité de Port-Vila, Georges Calo a su une nouvelle fois se montrer un bigman, un grand homme. Son art de la communication, la rigueur de sa gestion, ses qualités d'organisation lui ont permis de marquer de son empreinte la capitale. Depuis 2003, il avait la responsabilité de la présidence de l’Alliance française de Port-Vila. A cause de ses ennuis de santé, on le voyait que trop rarement aux diverses activités sociales et culturelles. Lorsque celles-ci étaient d’importance, il tenait toutefois à se déplacer. L’une de ses dernières apparitions publiques aura été l’inauguration de « 30 », l’exposition organisée par l’Alliance française à l’occasion du trentième anniversaire de l’Indépendance. Il était très fier de présider cette manifestation qui célébrait sur un plan artistique et culturel la République du Vanuatu. Il s’était montré très heureux de la créativité exprimée par les artistes.Georges Calo a été tout comme son prédécesseur, le Père Gérard Leymang un bigman de l’Alliance française, un très grand président. Sa vision du Vanuatu, sa connaissance de la France, son idée de la francophonie ont été des guides irremplaçables. Elles ont permis le développement de notre institution et probablement dans une certaine mesure le renforcement de la francophonie au Vanuatu ces dernières années. La francophonie a été l’un des grands combats de sa vie. Rappelons-nous de cette fameuse marche de 1978 dont il a été l’un des instigateurs et qui avait alors mobilisé plus de 5000 personnes. Sans cette manifestation pacifiste mais forte, que serait devenu le projet de la francophonie, l’idée d’un Vanuatu multilingue et ouvert à la diversité linguistique ? Cette francophonie, Georges Calo avait compris très vite qu’elle se devait de prendre les couleurs du Vanuatu. C’est cette francophonie à la Vanuataise que Georges Calo m’a appris, nous a appris. Une francophonie adoptée et adaptée qui contribue chaque jour à la marche du Vanuatu, qui participe au dialogue avec les autres nations francophones dont la France, à des relations fortes avec l’archipel frère de la Nouvelle-Calédonie. Georges Calo va me manquer, va nous manquer. Nous nous rappellerons toujours de son sourire, de sa force, de sa chaleur. Oui , Georges Calo était un big man, un grand homme…Aujourd’hui, nous tenons tout particulièrement à exprimer notre respect et notre amitié. Georges Cumbo |
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